
Dans 125 jours, le mardi 3 novembre 2020, aura lieu l’élection du président des Etats-Unis. Donald Trump, 74 ans et 45ème Président, fera face au 47ème Vice-Président, Joe Biden, quelques jours avant ses 78 ans. Comme pour les primaires, le processus des élections est complexe à appréhender mais parfaitement huilé. Election indirecte qui se tient tous les 4 ans, permettez moi de vous en présenter les subtilités avant de démarrer officiellement le duel de séniors de ce cru 2020 sur le Believe Me Blog.
Rappel : qui peut être candidat ?
J’avais exposé les règles dans mon tout premier article sur les primaires démocrates et elles n’ont pas changé entre temps. Les revoici ci-dessous, pour les plus inattentifs d’entre vous.
Aux Etats-Unis, il faut respecter 4 règles pour être éligible à la présidentielle :
- Etre citoyen américain
- Avoir plus de 35 ans
- Avoir vécu au moins 14 ans dans le pays
- Ne pas avoir été président deux mandats (ce qui exclut Jimmy Carter, Bill Clinton, George W Bush et Barack Obama de la course)
Nous pouvons rajouter une cinquième règle, tacite celle-là, mais très importante aux Etats-Unis : mieux vaut disposer d’un trésor de guerre conséquent pour tenir la distance. On estime, en effet, que 2 milliards de dollars seront dépensés cette année par Joe Biden et Donald Trump. Par ailleurs, ces règles s’appliquent également aux Vice-Présidents en course. En effet, si le président en exercice venait à perdre la vie ou était obligé de quitter son poste durant son mandat, aucune élection ne serait organisée en catastrophe et c’est le vice-président qui prendrait la suite jusqu’à l’élection suivante. Une seule chose prédictible à coup sûr donc : la date des prochaines élections présidentielles, elles auront bien lieu en novembre 2024, même si Trump est réélu, désolé.

Le mode de scrutin
Les Etats-Unis sont composés de 50 états et du District of Columbia (qui pourrait devenir un état à part entière si les démocrates l’emportent cette année). Tous les 4 ans, le premier mardi de novembre, les citoyens américains élisent leur président au suffrage universel indirect. Par le passé, les bureaux de vote étaient situés principalement dans les grandes villes et l’Amérique était beaucoup plus rurale et chrétienne que maintenant et il fallait plus de temps pour rejoindre les villes. Le dimanche étant jour de prière, c’est le lundi que les électeurs se rendaient en ville pour arriver sur le lieu du vote le mardi. Aujourd’hui, les électeurs ont la possibilité de voter en anticipé (le vote par correspondance), dès le mois d’octobre, voire septembre selon les états mais la tradition du premier mardi de Novembre a été maintenue.
Dans chaque état, les électeurs ne votent donc pas directement pour le président républicain ou démocrate mais pour choisir des grands électeurs. Ils sont au nombre de 538 et élisent, à la majorité absolue, le président le premier lundi qui suit le deuxième mercredi du mois de décembre (ça va vous suivez ?). Le président prend ses fonctions lors de l’inauguration day, le 20 janvier à midi de l’année suivante.

Ce collège de 538 électeurs correspond au nombre d’élus au Congrès, à savoir 100 sénateurs (2 par Etat) et 435 députés répartis proportionnellement selon le nombre d’habitants par Etat. A cela, il faut ajouter les 3 grands électeurs du District of Columbia. Il ne faut pas confondre ces élus avec les élus de la Chambre des représentants et du Sénat. Effectivement, le même jour la chambre est renouvelée entièrement mais les candidats sont sur une autre liste. 1/3 du Sénat est également renouvelé ce jour-là et il peut même se tenir une élection d’un gouverneur de l’Etat ou bien un référendum local. Ceci explique pourquoi on peut voir des queues énormes devant les bureaux de vote le jour J et que certains ne parviennent pas à voter…
La répartition du collège électoral évolue tous les 10 ans suite au recensement de la population qui prend en compte l’évolution de la démographie dans le pays. 2020 est la dernière élection du cycle basé sur la démographie de l’an 2010. La carte évoluera en 2024.

The Winner takes it all ?
Une fois que vous maîtrisez cette carte, le calcul est simple, si un candidat remporte un état avec une voix d’écart seulement, il remporte tous les grands électeurs de l’Etat en question. Ceci explique pourquoi il est possible d’avoir un président élu avec moins de voix que son adversaire (c’est arrivé 2 fois sur les 5 dernières élections). Est-ce antidémocratique ? C’est au ressenti de chacun mais les règles sont les mêmes pour tous les candidats, il n’y a pas de surprise. Ce type de scrutin repose sur la construction fédérale de l’Etat américain. Par ce mode de scrutin indirect, l’Etat fédéral est assuré que chaque voix en Amérique, de zone rurale, urbaine ou suburbaine est entendue.

Cependant, les américains aiment toujours compliquer les règles : 2 états sur 50 ont changé leur mode de scrutin en 1992, le Nebraska et le Maine. Le Nebraska dispose de 5 grands électeurs et le Maine de 4. Chacun de ces états est divisé en district, au nombre de 3 pour le Nebraska et au nombre de 2 pour le Maine. Ce sont l’équivalent de nos départements français. C’est à l’échelon du district que le « Winner takes it all ». Le candidat arrivé en tête dans le district numéro 1 du Nebraska remporte 1 grand électeur, 1 dans le district numéro 2, 1 dans le district numéro 3. Le candidat qui remporte l’Etat au global remporte les 2 grands électeurs restant. Même principe dans le Maine (2 grands électeurs pour l’Etat, 1 pour le district 1, 1 pour le district 2). Par exemple, Obama a remporté un grand électeur en 2008 dans le Nebraska malgré sa défaite dans l’Etat tandis que Donald Trump récupérait un grand électeur dans le Maine en 2016.
Le système de collège électoral ne devrait pas être remplacé de si tôt aux Etats-Unis mais on pourrait imaginer que d’autres états prennent exemple sur ces 2 états dans un futur moins lointain, ce qui abolirait quasiment la règle du Winner Takes it all.
Comment va se dérouler la campagne électorale ?
La campagne démarre véritablement lors des conventions des partis démocrate et républicain. C’est au cours de ces événements que les candidats sont élus par les délégués des 2 primaires. Les candidats présentent alors le colistier qui les accompagnera sur le ticket durant la campagne. A ce jour, nous connaissons 3 des 4 acteurs principaux : Trump et Pence côté républicain face à Joe Biden. Reste à découvrir le colistier de Sleepy Joe qui sera certainement une femme issue d’une minorité. Pour en savoir plus sur son identité, n’hésitez pas à consulter l’épisode 6 des primaires démocrates sur le blog.
La convention démocrate se déroulera entre le 17 et le 20 août à Milwaukee dans le Wisconsin tandis que celle des républicains aura lieu en Floride à Jacksonville entre le 24 et le 27 août. A la suite de ces conventions, la campagne électorale s’accèlere. Au cours des mois de septembre et octobre, 3 débats seront organisés entre les 2 candidats à la présidence et 1 débat entre les 2 candidats à la vice-présidence. Cette phase sera également marquée par des publicités violentes, des phrases assassines, des dossiers sur les 2 champions tandis que les collectes de fonds battront leur plein avec des montants records envisagés. Seule inconnue au tableau, parviendra-t-on cette année à réaliser des meetings aux 4 coins des Etats-Unis ? Donald Trump y compte beaucoup, c’est en partie grâce à ces meetings endiablés qu’il a réussi à galvaniser ces électeurs en2016, mais Joe Biden a déjà annoncé qu’il tiendrait meeting seulement si les autorités sanitaires l’y autorisent.
Les Swing states, le lieu où se joue l’élection
Comme vous l’avez compris, cette élection au scrutin indirect est une élection qui se joue à l’échelon des Etats et non au National. Pendant des semaines, vous allez entendre parler de sondages nationaux et d’écarts de X points entre les 2 candidats : ces sondages ont une certaine importance pour mesurer l’état des forces en présence mais ils ne vous permettront pas de connaître avec certitude le vainqueur de cette élection. Aujourd’hui, Biden domine les sondages avec près de 9 points d’avance sur Trump. Avec une telle avance, on peut supposer qu’il remporterait la plupart des états en jeu. Toutefois, en 2016, Clinton l’a emporté avec 2 points d’avance et a perdu contre Trump. La campagne est encore longue et ce sont dans les états clés ou états balançoires, les fameux « Swing States », que l’élection se gagnera.
Un swing state correspond à un état où le rapport de force démocrate/républicain est aux alentours du 50/50. Tous les 4 ans, les 2 candidats concentrent donc leurs efforts sur ces états clés pour emporter la mise. Certains états sont alors sans intérêt car le rapport de force penche trop pour l’un des 2 camps. Vous ne verrez pas Donald Trump faire campagne en Californie en 2020 puisqu’il y fut défait par plus de 30 points d’écart en 2016. Joe Biden ne se déplacera pas dans le Tennessee, état perdu par Clinton par plus de 26 points lors de la dernière élection.
Pour que vous puissiez connaître parfaitement les endroits où la campagne se jouera, je vous présenterai chaque lundi, les états clés de cette élection. Pour rappel, voici la carte de 2016 avec le dégradé des couleurs selon les écarts observés entre Trump et Clinton.

Pour suivre ma vision du rapport de force pour l’année en cours, vous pourrez suivre sur la page sondage présidentielle du blog, l’évolution des sondages entre Biden et Trump et qui est le mieux placé dans chacun de ces états.
https://believemeblog.com/sondage-presidentielle/
Pour cette élection, j’ai dénombré 14 états qui resteront démocrates à coup sûr et 19 du côté républicain. Je vous ferai un topo de ces 33 états dans mes 2 prochains articles sur le blog cette semaine.
Restent donc 18 états où tout va se jouer en 2020… En exclusivité, la liste des 18 sélectionnés.
- Iowa
- Texas
- Nouveau Mexique
- Ohio
- Virginie
- Géorgie
- Colorado
- Caroline du Nord
- Arizona
- Maine
- 2nd district du Nebraska
- Minnesota
- Nevada
- Floride
- Wisconsin
- Pennsylvanie
- New Hampshire
- Michigan
Chaque lundi, je vous présenterai donc, en détail, les enjeux de l’un de ces états. Ceci nous mènera jusqu’à la veille de l’élection le lundi 2 novembre 2020. Vous aurez alors toutes les armes pour annoncer fièrement à votre boss que Trump/Biden l’emportera à coup sûr le mardi soir… Presque aussi sûr que le résultat de votre entretien annuel où il vous annoncera que vous pourrez vous asseoir sur votre augmentation de l’année pour cause de coronavirus.
